On me demande souvent comment fabriquer les pièces courbes dans un escalier débillardé.
Il n’est pas facile de répondre simplement car cela dépend de plusieurs choses :
Premièrement en tant que professionnel, cela dépend de la demande du client.
En général, la conception d’un escalier est un mélange de possibilités et de contraintes. Mon premier travail de professionnel est souvent de faire prendre conscience aux clients qu’il doit trouver un compromis entre ses désirs, ses possibilités et les contraintes inhérentes à ses projets.
Une des contraintes est souvent le prix. La majorité des gens qui me contacte pour un escalier cherche un bel escalier mais n’a pas un budget illimité.
Ceci m’a amené à chercher des méthodes de construction plus rapides et plus simples pour diminuer le prix des escaliers courbes.
Les résultats de mes réflexions m’ont amené à simplifier les processus de fabrications en mélangeant techniques anciennes et modernes, françaises et anglaises. Cette simplification a aussi rendue accessible la construction des escaliers courbes aux personnes moins expérimentées et j’ai pu constater que l’utilisation de ces techniques permet aux amateurs d’aborder la construction d’escaliers complexes autrefois réservés aux professionnels spécialisés.
Mes premiers escaliers courbes ont été fabriqués en bois massif avec des méthodes traditionnelles. Comme j’ai la chance de comprendre aussi bien l’anglais que le français, j’ai pris ce que j’estime être le meilleur des deux mondes et j’ai utilisé un mélange de techniques anglais/français. Par exemple, je trouve que la façon française de fabriquer un limon courbe est supérieure à la méthode anglaise mais que les anglais ont des méthodes de traçage des mains courantes qui permettent d’avoir un meilleur control sur la position des courbes.
Aujourd’hui, j’utilise un mélange de techniques que j’adapte aux spécificités de chaque escalier et chaque chantier.
Pour les limons d’escalier, j’utilise deux techniques.
Quand le limon est très épais par exemple dans le cas d’un limon crémaillère centrale, j’utilise la technique de couches collées. Ceci me permet de construire simplement le limon sans construire un moule et dans le cas d’une crémaillère, de ne pas avoir à couper les crans.
Cette technique permet de réduire le temps et facilite énormément la fabrication des limons courbes.
Pour plus de détails sur cette technique, vous pouvez lire l’article « Comment construire un limon crémaillère »
Voici quelques escaliers construits avec cette technique :

Limon crémaillère en mélèze marches en frêne

Cremaillère centrale et main courantes lamellé collés
Cette technique est utilisable pour les limons de plus de 60mm d’épaisseur.
Pour les pièces de moins de 60mm, j’utilise une technique de lamellés collées plus traditionnelle où je colle des couches de contreplaqué sur un moule de forme. La pièce est ensuite plaquée avec un placage de 2mm.
L’article « Construire un limon courbe avec StairDesigner et Autocad » montre comment j’utilise cette technique.
Voici un escalier qui utilise cette technique :

Limons et main courantes en lamellé collées

Départ d'escalier en lamellé collée

Escalier lamelle collée vu d'en hautMain courantes débillardées
xxxxxxxxxxx Main courantes débillardées xxxxx
Pour les mains courantes courbes, j’ai plusieurs façons de faire.
La plus simple étant de découper la main courante dans le limon.
Ceci est possible pour une main courante à section rectangulaire sur un escalier à limon en lamellé collé ou couches collées. Il est facile de prévoir une sur-largeur et de découper la main courante dans la forme du limon.
Voici deux escaliers avec la main courante découpée dans le haut du limon.

Main courante découpée dans le limon

Main courante en orme couches collées

Limon en couches collées avec sa main courante
Il est aussi possible de construire la main courante séparément comme un petit limon. Dans ce cas, j’utilise le même moule de forme utilisé pour la mise en forme du limon.
Les techniques de lamellé collées sont très bien adaptées quand la main courante a une section rectangulaire et les rayons des courbes sont assez grands. Quand la main courante est moulurée et les courbes sont plus serrées, j’utilise des méthodes spécifiques que j’ai développées autour de traçages anglaises dites « système des tangents ».
Ce système de traçage permet de décomposer les formes hélicoïdales en courbes elliptiques et a de nombreux avantages pour la fabrication des formes gauches des mains courantes.
J’utilise la modélisation de solides 3D d’Autocad ou Progecad pour tracer ces formes, ce qui permet de gagner un temps significatif par rapport aux tracés 2d manuels traditionnels.
Le cas le plus simple est la fabrication des mains courantes rondes.
Pour ces mains courantes, je décompose la forme hélicoïdale gauche en courbes elliptiques planes. Ceci permet d’usiner les pièces à plat sur une toupie ou commande numérique, puis de les assembler avec un angle de vrille pour former la main courante hélicoïdale.
Voici le principe en photo :

rampe ronde en atelier

Raccord ronde débillardé posé

Départ débillardé sur escalier en béton

Rampe ronde sur escalier en béton
Quand il s’agit d’une main courante rectangulaire ou moulurée, j’utilise le même traçage pour définir des formes de couches de placage qui sont vrillées sur un gabarit pour donner une forme rectangulaire.
Cette forme a la particularité de maintenir un angle de 90° constant entre les champs débillardés et les surfaces verticales, ce qui facilite énormément le travail de mouluration avec une toupie.
Quand il est nécessaire de prévoir une rainure d’encastrement pour un fer plat, cette méthode permet d’incorporer dans la disposition des lamelles.
Voici quelques photos pour expliciter cette méthode :

Ensemble de lamelles sur gabarit de vrillage

Main courante en couches vrillées

Main courante profilée en couches vrillées
Un cas spécial de main courante est la construction des mains courantes sur fer plat posé à la volé sur un escalier en pierre ou béton. Dans ces cas, la forme peut être très irrégulière et difficile à tracer. Pour ce type de travail, je reprends la forme de la lisse en fer avec un système de sections collées sur la rampe. Cette forme est plaquée et moulurée pour former la main courante :
Voici le principe en photo :

Prise de forme sur main courante en fer plat

Collage des lamelles en noyer

Main courante prête à être moulurée

Mouluration à la toupie portative

Ponçage des main courantes

Main courante teintée avec finition remplis cirée
Comme on peut le voir, il y de nombreuse façons de faire les pièces courbes. Chaque technique a ses avantages et ses difficultés et il est souvent nécessaire d’en utiliser plusieurs sur le même escalier.
L’art de l’escalier est de savoir bien choisir la technique la plus adaptée pour arriver aux formes les plus harmonieuses possible, tout en restant dans votre budget ou le budget de votre client.
Ceci est simplement un résumé de quelques techniques et bien sûr la mise en pratique de ces principes comprend aussi de nombreux détails et astuces pour arriver à un ensemble cohérent et un escalier praticable et harmonieux dans ses formes.
N’hésitez pas à me contacter si vous avez besoin de plus d’informations sur ces différentes techniques.
Contactez-moi directement pour des formations ou des conseils personnalisés.
Et si vous avez développé vos propre techniques, je serais très intéressé de les connaître.
Si cet article vous a plu (ou déplu) n’hésitez pas à laisser un commentaire.
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Escalier à limons courbes, Techniques d'escalier